En pleine crise sanitaire marquée par une deuxième vague de Covid-19 qui bat tous les records, le Premier ministre, Jean Castex a annoncé le 3 septembre dernier le vaste plan de relance du gouvernement pour remettre l’économie française sur les rails. Sobrement nommé « France relance », ce plan prévoit l’injection de 100 milliards d’euros dans sur une durée totale de deux ans. Bonne nouvelle, ce plan se veut favorable à la transition écologique en promettant des « investissements massifs » dans le domaine.

Pas moins de 11 milliards d’euros seront investis dans les transports afin de transposer cette transition écologique à ce secteur qui, jusqu’ici, figure parmi les plus polluantes en France. Six points ont été énoncés par le ministre de la Transition écologique chargé des transports, Jean-Baptiste Djebbari, pour présenter son plan. Le vélo, cité parmi les mobilités du quotidien, y occupe une modeste place. Encore une fois, ce moyen de transport des plus pratiques reste délaissé par rapport à d’autres secteurs au vu de la répartition du budget promis par ce plan de relance.

Une reconnaissance du potentiel du vélo

Dans son vaste plan de relance, le gouvernement reconnaît « le potentiel du vélo pour la mobilité du quotidien ». Cette reconnaissance est justifiée par une montée importante du nombre de cyclistes au cours des derniers mois de confinement et de déconfinement. Pédaler est en effet un excellent moyen de se déplacer dans les zones urbaines et éviter les contacts des transports publics en cette période où le Covid-19 continue à sévir.

Convaincu des avantages que ce moyen de transport alternatif peut offrir, le gouvernement souhaite donc encourager la pratique du vélo notamment dans les zones denses. Le plan de renonce prévoit donc une « accélération des travaux d’aménagement de réseaux cyclables, sécurisés et efficaces ». Pour cela, les collectivités bénéficieront d’un soutien financier dans la construction de nouvelles pistes. Une révision à la hausse du nombre d’aires de stationnement pour vélo est également prévue afin de s’adapter à une éventuelle hausse du nombre de cyclistes circulant sur les routes.

Un air de déjà vu raisonne dans ces projets de relance des déplacements à vélo. En effet, le plan partage des similitudes avec le fameux "triplement du budget vélo" mis en place en mai dernier par Élisabeth Borne en poste au ministère de la Transition écologique. Ce projet visait un investissement de 60 millions d’euros pour entretenir les pistes cyclables et en créer de nouveaux, aménager des stationnements de vélos aux alentours des pôles multimodaux et abolir les coupures dans les grandes villes. Reste le chèque réparation vélo dont l’amélioration, ou tout simplement le maintien, n’a pas été annoncée.

Une reconnaissance privée de réelles volontés d’investissement

La reconnaissance de l’importance du vélo dans les nouveaux modes de déplacement urbains ne suffit malheureusement pas à justifier un effort suffisant de la part du gouvernement. Au contraire, le moyen de transport reste largement délaissé au vu du budget alloué aux autres secteurs comme le transport ferroviaire ou l’aviation verte. Certes, les 60 millions d’euros promis par le triplement du budget vélo a triplé en passant à 200 millions d’euros. Notons toutefois que ces 200 millions d’euros ne représentent que 1,8 % des 11 milliards dédiés à la transition écologique des transports. Un bien maigre budget pour un moyen de transport à fort potentiel et incontestablement écologique.

Le vélo est d’autant plus sous-estimé que sa part dans les mobilités quotidienne est infime. En effet, cette branche la transition écologique des transports récolte 1, 2 milliards d’euros dans « France relance ». Les réseaux de transport de l’Ile-de-France avaleront 70 % de ce budget et laisseront 330 millions d’euros pour ceux des autres régions. Le vélo, lui, se contentera des 200 millions d’euros à répartir entre toutes les régions de l’Hexagone.

La répartition du budget porté à la transition écologique des transports affirme ouvertement un mépris envers le vélo. Cela se confirme d’ailleurs lorsqu’on prend en compte les coûts des investissements effectués dans d’autres secteurs comme l’automobile, l’industrie ferroviaire ou encore l’aviation verte.

Le transport ferroviaire mis à l’honneur

Le secteur ferroviaire engrange un peu moins de la moitié du budget dédié aux transports. 4,7 milliards d’euros seront dédiés à la réforme de cette industrie. Une partie des fonds seront alloués à la réhabilitation de petites lignes. Le plan prévoit également le retour des trains de nuit dans certaines régions.

Tout cela semble idéal pour le développement du vélo multimodal. Malgré cela, les principales compagnies ferroviaires n’ont manifesté que peu d’intérêt pour cette solution au cours des dernières années. Il ne faut donc pas s’attendre à un changement de cap des compagnies de chemin de fer dans les deux ans de relance à 4,7 milliards d’euros.

Une transition écologique efficace devrait pourtant prendre en compte les options à fort potentiel pour porter réellement de bons résultats. Le report vélo-train-vélo figure parmi ces options à étudier avec attention. L’aménagement de petites lignes est particulièrement propice aux personnes qui pourront rejoindre les gares à vélo de leurs logements ou de leurs lieux de travail, un avantage de plus pour la décongestion des voies en milieux urbains.

Le transport en auto suscite toujours autant d’intérêt

Avec le concept de voiture électrique, le transport automobile continu à séduire jusque dans les plus hautes sphères. Ainsi, l’industrie automobile bénéficiera d’une aide de 2,7 milliards. Un effort considérable sera apporté dans le soutien aux ménages dans l’achat de voitures électriques moins polluantes. On sait pourtant que la production de ces fameuses voitures propres présente une empreinte carbone aberrante.

Certes, elles constituent un atout dans la réduction des émissions globales de carbone dans l’air. En revanche, elles n’apportent pas de réelles solutions à la densité excessive de la circulation dans les zones urbaines ni au manque évident de places de parking. Ne mentionnons plus les problèmes liés au mode de vie sédentaire auquel participent activement les déplacements en auto.

Il aurait été plus judicieux d’investir plus dans les solutions alternatives. La proposition de la prime au report modal, solution idéale pour réduire l’usage de voitures, a pourtant été totalement délaissée au profit d’une industrie de véhicules électriques qui, jusqu’à aujourd’hui, peine à percer auprès de la clientèle. Cette prime permet pourtant le passage de la voiture au vélo. Le report modal, à l’image de la prime à la casse, sera récompensé par une prime.

Cette option offre des solutions efficaces à plusieurs problèmes que l’on rencontre principalement en milieu urbain où les voitures sont plus nombreuses. La congestion de la circulation aurait diminué de manière significative. Il en est de même pour les émissions de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Les effets bénéfiques sur la santé ne sont pas en reste. On sait tous que faire du vélo est un excellent moyen de se dépenser pour garder la forme.

L’aviation verte, un secteur à l’avenir encore incertain

L’aviation verte remporte une belle part du budget dédié au volet des transports. Le gouvernement prévoit donc de financer la recherche et le développement dans cette nouvelle industrie à hauteur de 2 milliards d’euros sur deux ans. Ce budget colossal devrait mener au développement de biocarburants adaptés aux avions qui, actuellement, constituent des modes de transports des plus polluants.

Cette volonté de réforme d’un secteur particulièrement défavorable à l’écologie mérite le respect. Néanmoins, la proportion du budget alloué à une filière dont les résultats restent incertains est utopique. Il faudra encore compter quelques années, voire plusieurs décennies avant que les « avions verts » alimentés au biocarburant survolent réellement nos cieux. D’ailleurs, cette industrie naissante fait toujours face à de nombreuses problématiques comme les contraintes auxquelles la production agricole de biocarburants est soumise. Le vélo qui, ouvertement, a fait ses preuves à court terme et offre de réelles solutions à long terme s’est pourtant fait éclipser avec un budget 10 fois moins important.

Un projet de désenclavement qui ne joue pas en faveur des cyclistes

Le désenclavement des territoires figure parmi les six points qui composent la stratégie générale de la transition écologique des transports. Ainsi, le gouvernement dépensera un demi-milliard d’euros pour établir les mises en travaux de déviations. De nombreuses routes seront aussi converties dans le format 2 x 2 voies pour faciliter les déplacements entre les villes. Cette mesure réduira la congestion dans certaines zones à une faible mesure. Inversement, elle augmentera le flux de voiture dans des régions qui enregistrent jusqu’alors des densités moins importantes.

Le plan « Relance France » souhaite, d'ailleurs, augmenter le taux de recours aux bus et au covoiturage, les transports publics étant plus écologiques. Des voies dédiées à ces modes de transports seront alors spécialement aménagées. On est en droit de poser la question : pourquoi les voies express pour vélo n’ont-elles pas été intégrées à ce projet de désenclavement ? Pourtant, le vélo est un excellent moyen de passer des villes aux périphéries. Les voies express devraient également permettre de rejoindre les zones rurales plus facilement.